ONOTO

Le fondateur de l’entreprise Thomas de la Rue était le premier fabricant de papiers à lettre et d’enveloppes et l’un des plus grands éditeurs de timbres, billets de banque et jeux de carte au monde. En 1881 fut conçu L’AntiStylograf, le premier instrument d’écriture de l’entreprise. Avec le Swift de 1884 et le Pélican de 1895 le flux d’encre pu déjà être régulé.

A l'automne 1905, l'entreprise de Londres mit sur le marché le premier stylo plume à piston. Garanti contre les fuites, il devait devenir pour les cinquante années suivantes le stylo plume de construction anglaise ayant le plus de succès. Les inventeurs et concepteurs furent Evelyn de la Rue, descendant de la quatrième génération et directeur de l’entreprise, et George Sweetser, un excellent bricoleur. Ils avaient tous les deux déposé des brevets séparément pour leur propre stylo plume. Delà Rue appela leur produit commun Onoto. Il est possible que le nom vienne de l’horloger japonais Ono Tukusa-buro qui avait déposé un brevet en 1885 pour un stylographe qui avait peut-être été intégré dans l’onostyle de l’entreprise de la Rue vers le début du siècle.

Le spectaculaire Onoto avait un mécanisme à piston appelé « onotomatic » qu’on pouvait sortir afin de remplir le stylo plume. Comme la majorité des instruments d’écriture de cette époque, les premiers Onoto étaient en ébonite noire. Ils possédaient une coûteuse décoration ciselée sur le corps et une plume d’or 14 carats. L’Onoto eut droit à une importante publicité au niveau international. Sir Thomas Andros de la Rue aurait accordé à son fil une enveloppe publicitaire de 50 000 £. Ce stylo connut un immense succès.

L'Onoto Pen Co. américaine fut fondée à New York en 1909.Cette entreprise était chargée de la production et de la distribution. La mascotte de la marque était Peter Pen, souvent représenté avec une boîte à lettre rouge vif. Les prix atteignirent 10 £ et durant la Première Guerre mondiale, l’Onoto était considéré comme le « all-British pen ». Dans la famille Onoto il y avait aussi des produits complémentaires comme l’encre, des agendas des cartes à jouer et d’autres modèles tels que les stylos plume à piston Landsman et Valveless.

Au cours des années 1920, l’Onoto fut continuellement amélioré et de nouveaux modèles vinrent s’ajouter : le Streamline (1920), l'InkPencil (1921), le Mammoth doté d’une grosse plume n° 8 et un stylo plume à levier (1924), le  Princess Mary en ébonite bleue (1925) et une parure de bureau (1929). Les premiers stylos plume Onoto avec fenêtre de visualisation du niveau d’encre furent proposés en 1935, les Minor et les Magna arrivèrent en 1937. Le Magna était le digne successeur du surdimensionné Mammoth, Il était doté d'une plume bicolore n° 7 et disponible en trois coloris. Il avait sur le capuchon soit trois fines bandes dorées, soit une seule bande plus large.

A la fin des années 1930, de la Rue avait la plus grande offre de stylos plume colorés et semi-transparents ; cela ne changea presque pas jusqu'à la fin des années 1940.La tentative de faire face au Parker 51 et à l’arrivée du stylo bille grâce à la série K, fut un échec. Les modèles étaient tout simplement trop similaires. En 1958, de la Rue arrêta la production et la vente d’instruments d’écriture.

Mais ce n’était cependant pas la fin définitive. En effet, en 2003 l’entrepreneur anglais James Boddy cherchait un fabricant pour un stylo plume en l’honneur d’Horatio Nelson et de la bataille de Trafalgar de 1805. Le collectionneur américain d’instrument d’écriture Richard Leigh lui parla de l’histoire du Onoto.

En 2005, la Onoto Pen Company Limited annonça son premier stylo plume Onoto depuis46 ans : le Centenary. Son design reposait sur le célèbre Magna, toujours recherché de nos jours par les collectionneurs et les amateurs. Il fut toutefois produit en série limitée de 500pièces en argent fin et dix exemplaires en or 18 carats.

Seuls 100 exemplaires de l'Horatio Nelson existent à travers le monde. Façonné en argent particulièrement travaillé, il est doté d’une pièce de cuivre historique provenant ducélèbre navire amiral de Nelson le «HMS Victory». Le stylo Emma Hamilton, également en édition limitée, est dédié à la maîtresse de Nelson. Onoto a ainsi satisfait le souhait de l’amiral Nelson sur son lit de mort : respecter Emma Hamilton, ce à quoi elle n’avait pas eu droit de son vivant. D’autres éditions anniversaires sont le 75e anniversaire de la fondation du ballet royal en 2006 avec la série Royal Ballet Contemporary Range et celles dédiées au riche héritage des écrivains anglais comme le Writer’s Pen de 2008.

Extrait de « La Culture de l’écrit »

BARBRO GARENFELD et DIETMAR GEYER

Aux Editions H.F. ULLMANN