« Quand l’homme veut produire, créer quelque chose, il faut d’abord que ce qu’il veut créer prenne corps en lui, comme sa chair et son sang…Il doit en un seul mot avoir la matière pour pouvoir sortir quelque chose de lui-même qui sera sa création… »

Baron Lothar von Faber dans une lettre à son frère, Eberhard, le 31 Mai 1869

Dans la ville impériale de Nuremberg, les premiers fabricants de crayons graphite sont apparus vers l’année 1660. Mais de nombreuses entreprises artisanales se sont également établies dans les environs, en particulier à Stein, une petite commune de la région frontalière entre la ville impériale et le comté de mark Ansbach. Contrairement aux ateliers de Nuremberg, la fabrication de crayons graphite n’est pas soumise aux règles sévères de la législation sur l’artisanat de la ville et peut donc s’épanouir librement. Le menuisier Kaspar Faber (1730-1784) se consacre également à la fabrication de crayons graphite. Il travaille d’abord pour des fabricants de crayons locaux, tout en fabricant aussi ses propres crayons. Il connaît bientôt un tel succès qu’il se met à son compte en créant un petit atelier et peut rapidement faire prospérer son affaire.

Après la mort de Kaspar Faber, le fils, Anton Vilhelm (1758-1819), reprend l’entreprise artisanale de son père qui est déjà prospère. Il acquiert un terrain situé à la périphérie de la commune de ! Stein, avec un atelier qui devient en quelques années une manufacture florissante. Cet endroit est ‘esté de nos jours le siège social de la société A.W. Faber-Castell. Anton Wilhelm dont les initiales se ; sont inscrites dans le nom de la société transmet à son fils unique Georg Leonhard, de son vivant, une propriété qui porte déjà la désignation « Fabrique de crayons graphite » dans les documents officiels.

Georg Leonhard Faber (1788-1839) continue à diriger l’entreprise de crayons dans une période politico-économique difficile et ne peut empêcher ainsi une baisse de son activité. Les leaders du marché sont toujours les crayons anglais car une interdiction stricte d’exportation est appliquée en Angleterre sur les réserves de graphite, principalement dans le comté de Cumberland. En Allemagne, les barrières douanières sont n obstacle au libre échange et le développement technique n’est pas à la hauteur des progrès réalisés dans les pays européens voisins. Les crayons aber sont toujours fabriqués selon des méthodes traditionnelles alors qu’en France, Nicolas Jacques Conté vient de découvrir un nouveau procédé pour la production de mines de crayons. Georg Leonhard Faber reconnaît que la formation et l’expérience professionnelle à ] ‘étranger sont essentielles pour l’avenir de son entreprise et élève ses fils selon la devise : « apprenez autant rue vous pouvez, cela ne me coûtera jamais trop cher ». Ainsi, pendant que le cadet, Eberhard, poursuit des études de droit, Lothar et Johann partent n voyage. Impressionné par le cosmopolitisme des métropoles de Paris et Londres, Lothar trouve des idées qui élèveront la société au rang d’entreprise internationale au cours des années sui vantes.

En 1839, Lothar reprend à la mort de son père, Georg Leonhard, la fabrique de crayons de Stein. Fort de ses expériences acquises dans les métropoles de Paris et Londres, il entreprend à 22 ans une modernisation complète de l’entreprise paternelle avec un objectif ambitieux toujours présent à l’esprit : … « Atteindre la première place en faisant le meilleur de ce qui existe dans le monde … ».    accorde dès le début une priorité absolue à la qualité de ses produits : « … J’ai dû faire face autrefois à une très forte concurrence des crayons à Paris … C’est pourquoi, je devais trouver des moyens pour me positionner progressivement au dessus de la concurrence. Le meilleur moyen pour y arriver est à vrai dire toujours la qualité du produit … ». En effet, il parvient en peu de temps à fabriquer des crayons ·d’excellente qualité. Il les fait graver au nom de la société et crée ainsi le premier crayon de marque. De même, son idée de se référer à la longue tradition familiale de la société en ajoutant le complément « fabrique fondée en J 1761 » comme preuve de qualité et de fiabilité est unique en son temps.

En 1847, Lothar se marie avec Ottilie Richter qui participe désormais à ses côtés à l croissance de l’entreprise. Wilhelm, fils unique du couple naît en 1851. Contrairement aux usages de cet époque, Lothar von Faber se libère de   l’intermédiaire des distributeurs t prospecte lui-même dans les pays I Europe pour se constituer un cercle de clients. Perspicace, il reconnaît importance future du marché américain et crée dès l’année 1849 une enseigne à New-York. Il se constitue un réseau commercial international qu’il pilote depuis la société établie à Paris (en 1855). De même, ,Othar von Faber réussit un coup de maître, en ;’ assurant en 1856 les droits d’exploitation exclusifs d’une mine de graphite en Sibérie qui produisait à l’époque le meilleur graphite au monde ; une ressource essentielle pour la fabrication de crayons l papier de qualité. En 1861, il crée une fabrique :te tableaux en ardoise à Geroldsgrün dans la Haute Franconie qui se développe au 20ème siècle pour devenir l’une des plus grandes fabriques de bouliers au monde.

De par sa renommée, la marque «A.W. Faber » fait l’objet de nombreuses contrefaçons et Lothar von Faber dépose en 1874 une pétition « pour la création d’une loi sur la protection des marques » et devient ainsi l’initiateur de la législation sur la protection des marques en Allemagne. Lothar von Faber est le cofondateur du Bayerische Gewerbemuseum (musée du commerce et de l’industrie de Bavière) en 1869 – actuellement Landesgewerbanstalt (chambre de commerce) de Bavière et de la Nümberger Lebensversicherung (compagnie d’ assurance vie) en 1884 – actuellement un groupe d’assurances réputé de Nuremberg, De plus, il s’affirme comme un entrepreneur qui sait prendre ses responsabilités. Ses aménagements sociaux sont à tel point exemplaires que même l’empereur français, Napoléon III envoie une délégation d’experts à Stein en 1867. Compte tenu de ses mérites dans le domaine Economique et social, Lothar von Faber est élevé au rang de baron à titre personnel en 1862 et héréditaire en 1881. En 1867, il reçoit l’ordre de la légion d’honneur française et en 1891 il est nommé « Conseiller privé héréditaire du roi de Bavière » pour toute sa vie.

Willem von Faber est le fils unique d’Ottilie et de Lothar von Faber. Pour son père, il ne fait Jeun doute que son fils dirigera un jour l’entreprise familiale : « … et je peux être absolument sur qu’il marchera dans mes traces et continuera à diriger l’entreprise dans le même sens et le même esprit». Afin de bien se préparer à son activité future, Wilhelm multiplie les expériences internationales par des voyages en Italie et en France et suit une formation commerciale en Suisse. A 18 ans, il entre dans la société et occupe cinq ans plus tard un poste de direction au sein de l’entreprise de Paris dont il obtient la procuration en 1876. La même année, il se marie avec Bertha, la fille aînée d’Eberhard Faber. L’aînée de leurs trois filles, Ottilie, naît en 1877. Le premier fils du couple arrive au monde en 1880 et est baptisé du nom de Lothar, la descendance pour la sixième génération semble assurée. Mais le destin en décide autrement : le petit Lothar tombe gravement malade à l’âge de trois ans et meurt. Le deuxième fils, Alfred Wilhelm, né en 1886, succombe également à une scarlatine. Wilhelm von Faber ne se remet pas de cette tragédie et sombre dans la mélancolie. Il décède quelques semaines avant son 42èmc anniversaire, le 27 juin 1893, là où il aimait vivre, dans son domaine forestier. Lothar et l’entreprise qu’il a construite sont sans héritier masculin, un coup du destin difficile à surmonter pour la famille von Faber.

En 1898, Ottilie (1877-1944), fille aînée du baron Wilhelm von Faber, épouse le comte Alexander zu Castell-Rüdenhausen qui est ISSU de l’une des plus anciennes familles de la haute noblesse allemande. Conformément aux dispositions testamentaires du grand père d’Ottilie, Lothar von Faber, la petite fille qui hériterait un jour de sa société, devait conserver non seulement le nom de la société mais aussi le nom de famille Faber. C’est ainsi Il que naît, avec l’accord du prince régent Luitpold la nouvelle dynastie de comtes Faber-Castell.

Après la mort de la veuve de Lothar, Ottilie, en 1903, l’entreprise est transmise en héritage à sa petite fille, Ottilie, et son époux, Alexander. La même année, le comte Alexander fait construire « un château, de grande envergure». Le « nouveau château» prêt à emménager en 1906 se situe tout près de la fabrique et est relié par une tour avec l’ « ancien château », plus petit, construit par Lothar von Faber.

Fidèle aux principes de l’entreprise, le comte Alexander parvient à donner à l’assortiment phare de la gamme un profil classique unique. A nouvelle marque CASTELL (personnalisée dans le motif du tournoi de chevaliers qui symbolise s vertus chevaleresques du moyen-âge) s’impose à l’international. L’assortiment vert de crayons graphite de haute qualité de la marque CASTELL restera longtemps le fleuron de la société.  L’entreprise prospère. En 1911, la société fête ses 150 ans d’existence. La première guerre mondiale n’est pas sans conséquences pour l’entreprise : des filiales étrangères et des sites de production, tels que ceux aux USA, sont entièrement détruits. Peu de temps avant sa mort, le comte Alexander achève la construction de nouvelles installations de fabrication de grande ampleur et laisse à son fils Roland en 1928 une entreprise saine et bien dirigée.

Après la mort du comte Alexander en 1928, son fils lui succède à la direction de l’entreprise et dirigera la société pendant un demi-siècle. La période difficile entre les deux guerres mondiales est un challenge économique et politique important pour le jeune comte, car la crise économique entraîne de lourdes pertes, même dans l’industrie du crayon. Afin de mieux exploiter les installations de production et de réduire les coûts, les deux sociétés A.W. Faber-Castell et Johann Faber se réunissent dans une communauté d’entreprise. Au fil des ans, A.W. Faber-Castell achète toutes les parts de Johann Faber et donc avec elles, sa filiale « Lapis Johann Faber » à Sao Carlos au Brésil.

En 1935, A.W. Faber-Castell fait l’acquisition de la société de stylo-plumes renommée Osmia à Dossenheim près de Heidelberg. L’entreprise conserve d’abord la marque Osmia puis fabrique ensuite à partir de 1952 exclusivement sous son propre nom. Après la deuxième guerre mondiale, le comte Roland von Faber-Castell se consacre également à la création et au rachat de sociétés étrangères dont il avait été dépossédé. Dans les années 50, il crée une usine je fabrication de crayons graphite en Irlande et prend une participation minoritaire dans la société américaine Faber-Castell USA dont il avait été dépossédé après la première guerre mondiale. Entre 1960 et 1977, Je nouvelles sociétés voient le jour à l’étranger, parmi elles des sociétés de vente en France et en Italie, ainsi lue des usines de production en Autriche, en Argentine, au Pérou et en Australie. Un avenir prometteur semble se dessiner lorsque le comte Roland réussit en 1967 à racheter la majorité des parts de ]’ entreprise «Lapis Johann ,Faber » S.A., à Sao Carlos au Brésil, qui avait été saisie pendant la deuxième guerre mondiale. Actuellement, la plus grande fabrique de crayons en bois du monde appartient à cette entreprise.

En 78, le comte Anton Wolfgang von Faber Castell reprend la direction de l’entreprise. Même année, il agrandit le portefeuille de la marque par la production de crayons en bois pour la cosmétique décorative. U cours des trois décennies suivantes, le groupe Faber-Castell continue à se positionner toujours comme une entreprise internationale avec es racines allemandes. La création de nouvelles sociétés et usines à l’étranger permet de conquérir de nouveaux marchés, principalement en Amérique du sud (Argentine 1988, Costa Rica 1996, Colombie 1998, Chili 2006) et en Asie/Pacifique (Malaisie 1978, Hongkong 1979, Indonésie 1990, Inde 1997, Singapour 2000 et Chine 2001).

Les aspects environnementaux gagnent également de l’importance dans le concept d’entreprise : afin de pouvoir garantir l’approvisionnement de la principale ressource, le bois, le comte Anton Wolfgang von Faber-Castell entreprend dans les années 80 un projet de reforestation dans le sud-est du · Brésil qui est resté unique au monde. De plus, Faber-Castell, premier fabricant de crayons en bois, introduit en Allemagne la technologie écologique de peinture à base d’eau pour les crayons.

Le début des années 90 est tout à fait sous le signe d’une nouvelle orientation stratégique et de réorganisation de la gamme des produits dans cinq domaines. En mars 2000, le comte Anton Wolf gang von Faber-Castell ajoute un nouveau chapitre à la longue tradition de responsabilité sociale de l’entreprise par la signature d’une charte sociale qui est conforme aux directives de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Par la signature du pacte mondial « Global Compact » des Nations Unies en juillet 2003, Faber-Castell démontre son adhésion aux valeurs globales communes es entreprises dans le domaine social et de l’environnement.

Le comte Anton Wolfgang von Faber-Castell. Est désigné « éco-manager de l’année» en 2008 par la fondation mondiale de protection de la 1 nature WWF en Allemagne et par le magazine économique allemand Capital. En septembre 2010, il reçoit la croix du mérite, 1ère classe de r l’ordre du mérite de la République Fédérale d’Allemagne.

« Nous sommes un compagnon de vie. Un enfant qui a aimé la qualité de nos produits à l’école restera fidèle à la marque Faber Castell même quand il sera adulte » Le comte Anton Wolfgang von Faber-Castell

 

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