Ou « Quelques recettes pour réussir son retour à l’encre »

Il est des évidences qu’il est bon de rappeler avant de retrouver les joies de l’écriture au stylo –plume … Ces gestes qui deviennent des réflexes chez le collectionneur averti éviteront bien des déconvenues à l’amateur ou à l’acheteur occasionnel lorsque ses pas le guideront dans une boutique de stylos ou qu’il tentera de remettre en service son« vieux» compagnon d’études … Un stylo s’achète, se met en service, se transporte et éventuellement se range le temps d’une infidélité stylographique …

L’ACHAT : L’achat, qui suppose le choix préalable, répond à six commandements :

1)        Rendez vous dans une boutique où [‘on vous permettra d’essayer l’objet de votre convoitise.

2)        De préférence, emportez avec vous une feuille de papier identique à celle que vous utilisez au quotidien, cela évitera que l’on vous tende une feuille « ultra-glisse», au logo d’un fabricant de stylos, et bien peu révélatrice de la qualité de la plume …

3)        Le test se faisant après que la plume ait été plus ou moins immergée dans l’encre, ne vous fiez pas à vos premiers mots, le débit étant, par définition plus important que lorsque vous aurez percuté une cartouche ou rempli le réservoir.

4)        Demandez au détaillant s’il a dû procéder à des retours n SA V du modèle convoité.

5)         Effectuez un test complet : le capuchon s’enclique-t-il bien sur le corps, s’il n’est pas vissant ; l’agrafe remplit elle son rôle convenablement lorsque le stylo est placé en poche-poitrine ; l’équilibre en main est-il satisfaisant ?

6)         Ne rêvez pas !

-  une plume qui « gratte» ou ne vous convient pas ne se « fera» pas à votre main. Vous serez lassé(e) d’utiliser le stylo bien avant une quelconque amélioration liée à l’usage ;

- une plume rigide le restera

- une plume souple et au débit important verra ces caractéristiques s’amplifier légèrement avec le temps ;

- un système de remplissage qui vous semble compliqué finira par vous lasser. N’achetez que si vous êtes un « vrai» amateur !

- l’achat d’une série limitée constitue rarement un « investissement » rentable à la revente. A l’exception de certains modèles dont la cote monte – si le stylo reste neuf dans sa boîte -, de nombreuses séries limitées voient leur cote baisser en dessous du prix d’achat et, chez un même fabricant, un stylo peut devenir un « collector » !cherché cependant que celui de l’année suivante peut voir sa cote se dégrader … N’achetez donc que si le stylo vous plaît ! 

- un stylo doit avant tout « bien écrire », et cela de manière fiable dans le temps. Les qualités d’écriture n’ont pas de lien automatique avec le prix du stylo. Seul un test et les conseils avisés d’un détaillant scrupuleux vous renseigneront – ainsi que la rubrique « Sous la loupe» du « Stylographe» !

Voilà, vous l’avez. En rentrant chez vous, vous déballerez l’objet et le mettrez en service. Voici quelques conseils qui vous éviteront des déconvenues. 

LA MISE EN SERVICE : Pas de fébrilité ! Asseyez-vous à un bureau ou une table bien plane. On a vu des collectionneurs faire choir … et détruire, par la même occasion, l’objet de leurs rêves en le déballant à la sauvette dans un escalier pour l’admirer plus vite !  N’ouvrez le stylo que si tous les éléments nécessaires à sa mise en service sont sur votre bureau : feuilles de papier, papier absorbant, cartouches ou flacon d’encre. Si le capuchon est encliqueté, ne l’ouvrez jamais en tirant violemment le capuchon d’une main cependant que l’autre tient le corps … C’est le meilleur moyen pour user prématurément l’encliquetage et pour créer une dépression brutale à l’intérieur du capuchon, laquelle peut favoriser les fuites. Tenez votre stylo dans l’axe de la main en retenant le corps avec le majeur, l’annulaire et l’auriculaire, cependant que vous désencliquetez votre capuchon avec le pouce et l’index de la même main. Le cas échéant, aidez le mouvement – qui sera alors délicat -, avec votre autre main. Les capuchons à vis ne demandent pas ces précautions mais exigent du discernement lors du vissage : ne forcez pas !

Le remplissage à cartouches : C’est le plus pratique, surtout pour ceux qui se déplacent avec leur stylo. Vous avez sûrement connu les affres du refus de démarrage du stylo neuf, une fois la cartouche percutée … Ce phénomène est tout à fait normal : Il faut que l’encre parvienne progressivement de la partie haute du conduit, au niveau du percuteur, à sa partie basse, en contact avec la pointe de la plume. Pour peu que le conduit n’ait pas été parfaitement dégraissé lors du processus de fabrication, l’encre n’arrivera que très difficilement à la plume et au papier. Que faire en cas de difficulté d’amorçage le la cartouche ?  Laissez la gravité opérer : posez la pointe de la plume sur le papier, maintenez le stylo verticalement et … soyez patient. Si, au bout d’une minute, votre plume est toujours sèche, Une pression des doigts sur les flancs de la cartouche peut amorcer la descente de l’encre. Evitez de secouer frénétiquement et de haut en bas votre stylo : une descente mal maîtrisée peut voir la plume jouer le rôle d’amortisseur lorsqu’elle percute malencontreusement le papier, avec les conséquences que l’on imagine … : Le cas échéant, passez le bloc plume sous un filet d’eau avant de replacer la cartouche. En écrivant avec la plume ainsi « mouillée» l’encre remplacera progressivement l’eau. – Une fois la cartouche amorcée, et si vous utilisez votre stylo de manière régulière, son remplacement par une nouvelle, lorsqu’elle sera vide, ne devrait plus poser de problème d’alimentation.

Le remplissage à piston : Le remplissage à piston a des adeptes passionnés. Inventé en Allemagne par Pelikan, en 1929, ce mode de remplissage se rencontre encore aujourd’hui principalement sur des stylos d’Outre- Rhin et, du fait de la généralisation du converter, sur de nombreux stylos contemporains. Le converter n’est en effet rien d’autre qu’un piston amovible. Les avantages du piston sont connus : pas de problème d’amorce, puisque la plume et le conduit sont baignés d’encre lors du remplissage ; la cérémonie du remplissage peut avoir du charme, lorsqu’elle est maîtrisée. Les inconvénients du piston sont moins connus : le mécanisme du piston prend beaucoup de place dans le corps du stylo, limitant ainsi la capacité du réservoir ; le transport du flacon d’encre est souvent périlleux ; a cérémonie du remplissage peut être catastrophique, lorsqu’elle n’est pas maîtrisée !

Quel est donc le mode d’emploi du piston ? En cas d’utilisation d’un converter, assurez-vous qu’il est bien en place (certains sont à visser). Plongez la plume en totalité dans l’encre après avoir complètement abaissé le piston. Pour ma part, je préfère abaisser le piston après que la plume ait été immergée : cela évite les mauvaises surprises s’il reste de l’encre dans le conduit. Remontez lentement le piston par rotation du bouton. Laissez la plume immergée pendant 2 à 3 secondes après l’opération, puis sortez-la du liquide. Dévissez le bouton pour laisser couler 1 ou 2 gouttes, puis resserrez complètement.  Je suggère d’essuyer l‘excédent d’encre du conduit et de la plume, ainsi que les gouttes qui souilleraient la section, avec un papier absorbant. N’oubliez pas de passer le papier sur le pourtour du haut de la plume et du conduit, l la jonction avec la section : l’encre adore se loger là et vous faire croire ensuite que Votre stylo fuit ! Refermez le stylo. Refermez ensuite le flacon d’encre. Si vous ne respectez pas cet ordre, votre stylo non fermé se ferait !fi malin plaisir de rouler sur votre table pour aller choir à vos pieds … Oui, l’agrafe sert aussi à retenir les stylos volages. Vous voyez, c’est facile avec un peu de méthode !  J’oubliais un détail : choisissez un flacon d’encre à ouverture large (cela évite de salir la section) et dans lequel les derniers millilitres ne sont pas condamnés à rester au fond, faute d’une forme adaptée. Ne croyez pas ceux qui vous expliquent que votre stylo ne fonctionnera qu’avec l’encre de la même marque. Évitez en revanche l’encre de Chine : elle boucherait irrémédiablement votre conduit en séchant. Préférez une encre de marque, bleue ou bleu-noir, voire noire.

 Remarque générale et importante : Tout stylo-plume gagnera, quel que soit son mode de remplissage, à être rincé abondamment à l’eau claire et froide, au moins une fois par mois en cas d’utilisation régulière, et avant chaque stockage. S’il est équipé d’un piston, pompez deux ou trois réservoirs d’eau puis videz le stylo avant d’essuyer soigneusement la plume avec un papier absorbant. S’il reçoit des cartouches, dévissez la section, enlevez la cartouche vide, puis plongez votre bloc-plume dans un verre d’eau pendant une nuit, rincez et séchez.   

Extrait des plus beaux stylos du monde 2010 (LE STYLOGRAPHE) Article de Mr Jean BUCHSER

 

 

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