Au début du XIXe siècle, le développement de la production de charbon et de fer en Angleterre marqua l’avènement d’une nouvelle ère celle de la production de masse industrielle. Il n’était plus question d’importer les produits que l’on était soi-même en mesure de fabriquer. Il fut mis fin à l’importation annuelle de millions de plumes d’oies. Et la production mécanique à partir de tôle d’acier prit le relais. En 1748, Johannes Jasen d’Aix-la-Chapelle eut le premier l’idée de fabriquer des plumes en acier, imité par le célèbre chimiste Joseph Priestley en 1780 et Alais Senefelder, l’inventeur de la lithographie, en 1818. À partir du ressort d’une montre, Senefelder fabriqua manuellement une plume pour écrire sur les pierres lithographiques. John et William Mittchell de Birmingham réussirent le passage à la production mécanique en 1819. Inspirés par le scientifique Joseph Priestley. Egalement considéré comme l’inventeur de la gomme à effacer, ils eurent l’idée de découper des plumes métalliques à la presse dans de la tôle d’acier finement laminée à l’aide de machines à estamper à vapeur. Il est probable que les premières plumess métalliques étaient loin d’offrir le confort de la plume d’oie qui s’était imposée sur plusieurs millénaires. Elles ne présentaient qu’une très faible élasticité, grattaient, crachaient et perforaient même le papier.

De la plume normale à la plume rapide : Afin d’améliorer la flexibilité, les fabricants firent des essais avec différentes fentes. Le libraire James Perry découvrit en 1830 qu’un trou et des entailles supplémentaires plus courtes de chaque côté de la fente principale ou au niveau du collet amélioraient la souplesse des plumes en acier. En 1831, Joseph Gillot finit par faire de la plume en acier la véritable concurrente de la plume d’oie, en plaçant les deux jambages de la plume en parallèle et non plus en pointe. Mittchell, Gillot et Josiah Mason firent de Birmingham le centre mondial de la production de plumes en acier. Les usines de Birmingham produisirent 70 millions d’unités en 1842, plus de 1oo millions en 1843 et 180 Millions en 1850. Le succès rencontré par la production, anglaise attira rapidement de nouveaux fabricants. Vers la fin du XIXe siècle, il existait à Birmingham treize sociétés de production de plumes, qui alimentaient le marché avec 300 millions de plumes chaque année. Le Continent connut rapidement le même succès. Berlin, Bonn, Leipzig, Boulogne sur, Mer, Aigle et Paris devinrent également des centres de production de plumes en acier. Outre la quantité de plumes produites, le nombre de plumes spéciales destinées à diverses utilisations se développa également. Les plumes «normales» décalées avec un angle de 90° permettaient une écriture penchée à gauche et simultanément de se tenir irait au bureau. Les plumes rapides glissent facilement, ne giclent jamais promettaient un rythme d’écriture plus soutenu que les plumes moyennes embellissent l’écriture et ne grattent jamais. Les robustes plumes scolastiques, « les meilleures plumes jamais fabriquées pour l’école », étaient moins dures que les plumes permanentes destinées à des tâches de décalquage. Pour éviter que l’élasticité de la plume à décalquer imprime trop fortement le papier carbone coloré en bleu et offre une copie de bonne lisibilité, on avait renoncé à la fente caractéristique des plumes. La gamme standard proposait plumes sténo, plumes comptables pour la comptabilité avec deux voire trois lignes tracées simultanément et d’épaisseurs variées, plumes rondes et plumes jumelles pour la calligraphie. Il existait des plumes de chancellerie, de bourse avec pointe sphérique, plumes pour dames, plumes économiques (avec une section courbée pour retenir davantage d’encre), plumes pour fonctionnaires (une combinaison de plumes scolastiques et de correspondance avec une profonde rainure au centre pour une réserve importante d’encre), plumes en alu minium et plume à réservoir, inventée en 1878 – laquelle constitue au sens large l’ancêtre du stylo plume à encre. Divers outils tels que le bec de plume constituaient une petite réserve d’encre supplémentaire permettant d’écrire quelques lignes de plus avant de devoir replonger la plume dans l’encrier. Le platine, pour une plume résistante à l’abrasion : Certains grossistes proposaient plus de 400 types de plumes dans les couleurs dominantes de la saison : argenté, cuivré, noir, bleuté. Et quiconque était prêt à dépenser dix à vingt fois le prix d’une plume en acier conventionnelle, pouvait alors consigner pensées et messages avec la valeur adéquate grâce à une plume en or alliée argent avec pointe diamant. Ce «diamant» était composé d’un éclat d’osmium-iridium, un métal du groupe platine. Le Français Mallat est considéré comme l’inventeur de la « pointe diamant ». Cette nouveauté, mise au point en 1843, devait conférer à la plume la durabilité souhaitée, car l’osmium et l’iridium ne s’abrasent pour ainsi dire pas. Ces métaux de platine sont aujourd’hui toujours soudés sur les plumes or et acier et finement polis pour former la pointe d’écriture. Les plumes en or sont constituées d’un alliage très dur et élastique, généralement de 14 ou 18 pièces d’or fin et de composants en argent et cuivre. A l’usage, une plume en or de 12 carats est perçue comme plus dure et une plume en or de 18 carats comme plus souple. Du tuyau de plume au porte plume : Si, au début de r ère de la plume en acier, l’enfichage du nouvel outil d’écriture durable dans un tuyau de plume fendu suffisait encore, il ne fallut pas attendre longtemps pour que les porte-plume, plus, confortables à manier, viennent satisfaire la demande de la clientèle. Les porte-plume du XIXe siècle étaient fabriqués en bois de noyer finement poli, bambou du Tonkin, liège, roseau, corne, même en nacre et ivoire artistiquement sculptées. La gamme des porte-plume en métal offrait un surplus d’élégance qui avait son prix : argenté ou doré, avec terminaison en pommeau ou un œillet pour le fixer à la montre ou au collier. Selon le principe télescopique, les porte-plume de poche se déployaient pour être utilisés avant d’ être rabattus pour le transport. Et le nec plus ultra : certains outils étaient dotés, sous la plume, d’une cartouche escamotable abri tant une fine mine de crayon à papier.

Extrait de STYLOS PLUMES ET CRAYON " La culture de l'écrit de Mr Barbro Garenfeld aux éditions H.F ULLMAN (ouvrage disponible à la boutique)  

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